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mercredi 3 décembre 2014

Reims 14-18 - Ces petits souvenirs...

Le Dimanche 13 février 1916

Ma bien chère Jeannette, bien chère Maman.
Aujourd'hui, pas de lettre de ma petite femme chérie; mais en revanche une mignonne carte accompagnée d'une charmante lettre de Germaine.
Je t'envoie ci-joint les deux; mais il ne faudrait pas que Germaine se formalise, la pauvre enfant, si je te renvoie la carte.


C'est dans le but de pouvoir la conserver, car sur moi, avec tous les papiers et tous les carnets que je suis obligé de conserver dans une poche, dans un autre, tous ces petits souvenirs risqueraient fort de s'égarer.


Le temps qui s'était mis au froid vif ce matin a subitement changé et maintenant, nous voilà revenu à la pluie fine et persistante qui provoque l'humidité et nous procure dans les boyaux et les tranchées, de la boue en quantité.
...


Carte Coll. P. Cosnard
Même si cette carte est bien rémoise, on ne peut pas du tout être certain qu'elle a été envoyée de notre région. La photo nous montre une patrouille allemande, au pas de parade, rue Cérès, pendant la courte occupation "boche" de septembre 1914, le courrier a été écrit un an et demi plus tard.
C'est encore une carte de l'éditeur Georges Dubois, vraiment très prolifique tout le long de cette période de grand trouble. Un éditeur-photographe qui se distingue souvent par la qualité de ses cadrages, nous proposant des vues très originales et soignées, même si quelques fois la qualité de la phototypie reste perfectible, mais ne l'oublions pas, il faut faire face à des tirages de masse... en temps de guerre !

Pour rappel, la cartoliste G. Dubois est parue dans notre Bulletin n°13 de janvier 1992... hélas épuisé (mais nous pouvons fournir cette liste aux personnes intéressées). Il y a pour le moment des cartes répertoriées jusqu'au numéro 417 (+ des numéros Bis, et des cartes double-format).

Revenons maintenant au texte de cette carte qui, même s'il ne représente pas un intérêt capitale en ce qui concerne l'actualité guerrière, il évoque tout de même un aspect de la vie du poilu dont on ne parle pas souvent, et que j'oserais appeler : "l'entreposage de ses petites affaires".
En effet, les tranchées ne sont pas une partie de plaisir, on est même bien loin du confort le plus spartiate soit-il. Alors, comment conserver ses effets personnels ? Quand on passe plusieurs semaines à demi-enterré, on ne peut bien évidemment pas se charger inutilement, il faut donc se contenter du strict nécessaire, des papiers les plus importants, on peut aussi imaginer quelques photos de ses proches, de quoi écrire les cartes, etc... tout ce qui peut tenir sans difficulté en poche, et qui aussi, ne présente pas trop de valeur en cas de perte ou de destruction.

Toujours est-il que notre bon père de famille est optimiste, puisqu'il renvoie "à la maison" la charmante carte écrite par Germaine, que l'on imagine être sa fille... afin de pouvoir la conserver une fois la guerre terminée, une fois rentré à la maison, sain et sauf, pour de bon.
On apprécie qu'il ait le moral ! C'est certainement très rassurant pour la famille... un espoir irremplaçable, qui permet de tenir bon, dans des conditions particulièrement difficiles. A la guerre et aux combats d'une barbarie ultime, il faut ajouter des conditions de vie éprouvantes, peut-on réellement s'imaginer rester des journées et des nuits entières, les pieds et les jambes dans la boue, le froid et l'humidité qui envahie chaque corps ?
C'est n'est hélas qu'un fragment de ce que les poilus ont dû endurer pendant ces effroyables années de guerre !

Pour en terminer avec cette carte postale, ci-dessous un montage avec une vue actuelle qui permet de mieux se repérer dans l'environnement de la Rue Cérès en 1914. La vue est prise en direction de la Place Royale, il est vrai que la topologie des lieux a bien changé, dans ce quartier du centre qui a énormément souffert des bombardements de l'ennemi.

Laurent ANTOINE LeMog

mardi 16 septembre 2014

Reims 14-18... Je quitte les tranchées...

Le 18 janvier 1918

Mon cher Oncle.
Je quitte les tranchées demain matin, nous sommes relevés pour aller au grand repos.
Où va t'on nous donner ce repos, je ne peux vous le dire, je n'en sais rien.
Il ne faut pas vous étonner si vous ne recevez rien de moi tous ces temps-ci, avec ces changements, ce n'est pas toujours facile d'envoyer un mot, et en plus de cela, la correspondance que nous nous envoyons a souvent bien du retard, parfois même, elle s'égare.
Je vous embrasse.
Edouard.



Même s'il ne sait pas vraiment où il va "atterrir", Edouard ne doit pas être mécontent de partir en "Grand Repos".
Lorsqu'il s'agit d'un repos "normal", la troupe n'est plus au front, certes, mais continue de s'entraîner et de travailler, les corvées, les manœuvres et toutes les joyeusetés qui vont avec.
Le Grand Repos est quant à lui un repos véritable pour le soldat !

Attardons-nous un peu sur le visuel de la carte postale, avec une photo prise rue de la Grue, en direction de la cathédrale dont on aperçoit les tours.
Fin 1917, cette rue n'est plus qu'un amas de ruines, et le petit jeu qui consiste à reconnaître le lieu précis s'avère difficile, voire impossible.

Ci-dessous, une vue de la Rue de la Grue, au début de la guerre, en 1914, les bombes allemandes ont déjà fait leur office :


La seule chose qu'on puisse dire avec une quasi certitude, c'est qu'à l'emplacement de ces maisons détruites se trouve aujourd'hui la Poste Centrale Cérès construite dans les années 30.

Poste Centrale Cérès.

lundi 1 septembre 2014

Reims 14-18... Les boches ont l'air surexcités...

Le 14 janvier 1915

Ma chère Sidonie,
nous avons eu de la neige la nuit dernière mais aujourd'hui, il a fait beau.
Les boches ont l'air surexcités depuis 2 ou 3 jours.
Aujourd'hui, ils nous ont encore tué un bonhomme et blessé 5 ou 6 ! L'obus est tombé sur la casbah.
J'écris aussi à ma cousine.
Bien le bonjour à tous, votre Charles qui vous embrasse bien fort.



Cette carte a été envoyée à Mademoiselle Sidonie, aux Bois-le-Vaugon, par Ainay-le-Château dans l'Allier.

Charles note que les allemands ont l'air surexcités, ce que nous confirme l'actualité marnaise de l'époque :
Le 10 janvier 1915, les attaques allemandes au nord de Perthes et de Beauséjour échouent et l'ennemi subit des pertes considérables.
Vers dix heures du matin, l'ennemi lance plusieurs obus sur le centre de Reims. A cinq heures du soir, il bombarde de nouveau et occasionne de nouveaux désastres.
Le 11 janvier 1915, le fortin situé au nord de la ferme de Beauséjour est le théâtre d'une lutte acharnée...
Le 12 janvier 1915, de violents combats d'artillerie dans la région de Souain, et à Reims, bombardement des 2e et 4e cantons.
Le 13 janvier 1915, la région de Perthes continue à être le théâtre d'actions localisées pour la possession des tranchées ennemies.
Le 14 janvier 1915, Reims reçoit une cinquantaine d'obus !

Petite note humoristique ou référence précise ? difficile à dire concernant la dernière information et cet "obus tombé sur la casbah", peut-être simplement la maison, ou la tête des malheureux sur lesquels est tombé le projectile !

La carte postale représente une fois de plus les désastres rémois, irréparables, et le patrimoine a jamais disparu.
Nous sommes au coin de la rue Cérès et la rue de Nanteuil, qui comprenait avant-guerre, de très nombreuses constructions d'origine médiévale. La bâtisse à l'angle est la pharmacie Clouet, qui n'a pas été épargnée !

Ci-dessous, à l'angle des rues Cérès et de Nanteuil, aujourd'hui.


J'ai quand même fait quelques recherches, quant à l'adresse de la destinataire, aux Bois-le-Vaugon... mais sans succès, il s'agit peut-être d'un lieu-dit. Nous en resterons donc à la commune la plus proche, Ainay-le-Château (03), dont voici deux cartes :



Laurent ANTOINE LeMog

dimanche 9 mars 2014

14-18 - Lettre du Curé Louis

Poursuivons nos lectures des correspondances. Cette fois, c'est un curé qui donne de ses nouvelles.
Pas de faits de guerre, en revanche, cet homme d'église participe activement à améliorer le moral des troupes en s'occupant de leur foi.

Le temps est beau ces jours-ci. Le froid n'a pas encore fait son apparition.
Chaque dimanche, je vais dire la messe dans un camp voisin afin de permettre aux soldats qui y séjournent d'y assister.
Cette sortie me fait du bien et change un peu du travail matériel de tous les jours.
Vous donnerez le bonjour à tous les paroissiens qui vous demanderont de mes nouvelles.
Mes respectueux hommages à Monsieur le Curé de St Martin.
Que Dieu vous garde !
Je vous embrasse tendrement.
Louis.


Il ne nous sera pas possible d'en faire dire beaucoup plus à cette lettre... la carte postale est une vue rémoise, envoyée au Curé de St Martin...
est-ce Saint-Martin sur le Pré dans la Marne ?

La photo nous montre la rue Cérès, en direction de l'Esplanade, avec sur la droite, ce qui reste de la façade du Comptoir de l'Industrie (10 & 12 rue Cérès, Fournitures générales pour l'industrie, Quincaillerie, Articles de Bâtiment, Machines-Outils et petit outillage, Spécialités pour l'Agriculture, Accessoires pour Automobile, etc)..
Cette photo a été prise certainement en 1917 ou 1918, la carte de 1916 ci-dessous nous permet de constater que la façade du Comptoir de l'Industrie est un peu moins détruite.


Ci-dessous, une vue d'avant-guerre, à droite, la devanture du Comptoir de l'Industrie.


Laurent ANTOINE LeMog