Affichage des articles dont le libellé est Université. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Université. Afficher tous les articles

lundi 28 septembre 2015

Correspondance 14-18 - Lycée de Jeunes Filles... ou Ecole professionnelle ménagère ?

Reims, 7 novembre 1914
Monsieur Marius,
J’ai bien reçu votre carte de votre pays, il a l’air gai.
Je vous remercie d’avoir pensé à nous.
Nous sommes plus que jamais bombardés.
Mes amitiés et bons souvenirs de ceux qui pensent à vous.
Marielle


Cette fois-ci, pas grand-chose à se mettre sous la dent, en dehors que les bombardements semblent reprendre de plus belle.
Alors on se penche plus précisément sur l’actualité des jours qui précèdent l’envoie de la carte, et qui nous confirme qu’il ne fait pas bon rester dans la Cité des Sacres… il qu’il pleut des « marmites boches » sur Reims !

  • 5 novembre 1914 : A plusieurs reprises le bombardement sévit, avec un redoublement de fureur, de 8 heures et demi à 10 heures et demie du soir ; aux victimes, s’ajoutent la ruine et l’incendie.
  • 6 novembre 1914 : Des obus sont encore lancés vers 11 heures du matin,  craignant la violence des jours précédents, une grande partie de la population s’abrite dans les caves ou gagne les alentours de la ville, vers la Haubette.
  • 7 novembre 1914 : Recrudescence du bombardement : deux maisons de vins de champagne sont atteintes ; plusieurs immeubles sont détruits.

Le texte de la carte était plutôt court, finalement bien résumé, mais minimaliste, si on considère la pluie de feu qui s’abat sur la ville.

Passons au visuel… l’entrée de l’Ecole ménagère rue de l’Université à Reims, qui a déjà eu à subir les outrages de la guerre.
Et oui, dans la seconde moitié du XIXè, on considère souvent que le travail des femmes en dehors du logis doit être une exception et que leur place est au foyer, avec pour seule profession pour une femme mariée, d’être à la fois une épouse honorable et une bonne mère de famille. D’ailleurs, c’est le Docteur Octave Doyen (maire de Reims de 1879 à 1884), qui déclare « Il faut préparer les jeunes filles à devenir les compagnes éclairées du chef de famille, les gardiennes économes et laborieuses du foyer domestique ». C’est lors du conseil municipal du 29 décembre 1881 que la ville de Reims envisage de créer un lycée de jeune fille, et c’est seulement deux ans après que le vieil hôtel particulier Sainte Marthe est mis à disposition, auquel il faut encore ajouter deux années de remise en état. C’est donc seulement en 1885 que le lycée de jeune fille ouvre ses portes, avec une éducation semble-t-il très différente de celle des garçons !

Ce lycée était situé dans le prolongement de la Rue de l’Université et de la Rue de St Etienne, au 27 Rue de la Perrière. Cette rue n’existe plus aujourd’hui, située approximativement au niveau du Cour Anatole France, derrière la cathédrale, à l’angle de la Rue des Cordeliers, avant qu’elle ne soit ensuite coupée par l’axe de la Rue Voltaire.
Ci-dessous, la Rue de l’Université et le Lycée de Jeunes Filles.


Laurent Antoine LeMog

mardi 26 août 2014

Reims 14-18... Ces hideux barbares...

29 juillet 1916

Chère belle-soeur
Je t'envoie la présente pour te prouver que je ne t'oublie pas malgré mon silence.
Cette carte représente l'oeuvre destructrice de ces hideux barbares, et cela n'est rien à côté de certaines autres villes dont il ne reste que des débris.
Je suis en bonne santé et désire que la présente te trouve de même, ainsi que Jeanne et Adèle qui me sont chères. Je n'oublie pas non plus nos bons parents.
Affectueuses amitiés de ton beau-frère.
E. Monnot


Ce courrier témoigne encore qu'il faut rassurer, et du rôle capital de donner des nouvelles, même si ce n'est pas toujours aisé en temps de guerre.
L'envahisseur a définitivement acquis son titre de "barbare"... titre qui ne semble pas usurpé si l'on s'en tient à la carte ci-dessous, représentant Guillaume II, en Hussard de la Mort comme étant "Le chef des Barbares".


Conflit Européen
Une Vieille Prédiction
Aux pages 521 et 522 de l'Echo du Merveilleux de 1911, on peut lire l'horoscope de Guillaume II examiné par M. R. Larmier. En voici les passages principaux :

  • Guillaume II, né à Berlin le jeudi 27 janvier 1859.
  • La conjonction de Saturne, de Mars et du Taureau présage : perte des biens, c'est-à-dire pour le cas qui nous occupe : chute de la maison Hohenzollern et de l'empire d'Allemagne en 1913 et 1914.
  • Jupiter présage que Guillaume II est le dernier empereur d'Allemagne de la maison des Hohenzollern.
  • Le Bélier : coup de tête, violence.
  • Enfin, s'il y a la guerre en 1914 entre la France et l'Allemagne, la France sera victorieuse.

Répétons-le : les liens ci-dessus datent d'il y a trois ans, c'est-à-dire d'une époque où l'on ne pouvait penser qu'août 1914 verrait éclater la guerre franco-allemande.

Cette carte date de fin 1914, et on ne doute pas encore que la guerre sera de courte durée, assurant ainsi une rapide victoire de la France... il en sera hélas, un peu autrement, avec un dénouement qui s'est fait attendre, et surtout, au prix de millions de morts !

Les cartes satiriques s'en prenant à Guillaume II (et aux autres), éditées pendant le conflit, ont été très nombreuses, un autre témoignage, haut en couleur :

Un empereur des barbares "crucifié", sous le coq gaulois !!!
...la victoire du gallinacé sur le rapace.

Mais revenons à nos moutons, ou plutôt à la carte postale rémoise envoyée par M. Monnot... il note dans son texte que ces destructions ne sont rien comparées à d'autres villes, on peut donc se poser la question, à savoir, par où est-il passé avant de venir à Reims ?

La légende de la photo est quant à elle, pour le moins imprécise : "Reims, une rue après le bombardement".
Il s'agit en fait de la Rue de l'Université, avec sur la gauche le Lycée de Jeunes Filles, visible sur la carte postale ci-dessous, dans son état d'avant-guerre.


Laurent ANTOINE LeMog