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jeudi 22 octobre 2015

Correspondance 14-18 – Fôte de mieux

Quelques mots avant de découvrir la correspondance d’aujourd’hui. Si j’ai sélectionné cette carte, ce n’est ni pour son contenu martial, ni pour son intérêt en tant que témoignage de ces temps troublés.
Nous en avons déjà eu l’exemple, certains de nos poilus ont quelques difficultés avec l’orthographe et la grammaire, et la carte que je vous propose semble en être l’apogée. A tel point, qu’on peut se demander si ce n’est pas fait exprès, car l’auteur paraît prendre un malin-plaisir à écorner chaque mot de sa lettre… entre la difficulté de déchiffrer l’écriture, et celle de saisir le sens des phrases, la reproduction de cette correspondance n’est pas des plus facile… mais en avant… et bon courage !

19 janvier 1915
Jérsue votre bébéte du 13 janvié, qimafépésire du troie ans séte janvié é gerie 5 garte.
Jérsue le mandae qimaféplisire.
Jesuie enpone santée. Il pleue touslesjoure dans lepatlin.
Ponjour a doute la famiye.
Louis Bernier.



Voilà… je vous l’avais promis, c’est très fort ! A peine phonétique… on peut quand même s'essayer à un semblant de déchiffrage :
J'ai reçu votre "bébéte" du 13 janvier, qui m'a fait plaisir, trois ans, sept janvier, et j'ai ri. 5 cartes.
J'ai reçu le manda qui m'a fait plaisir.
Je suis en bonne santé. Il pleut tous les jours dans le patelin.
Bonjour à toute la famille.


Faute d'en apprendre un peu sur l'actualité guerrière rémoise en ce début d'année 1915, passons maintenant au recto de la carte postale, qui devrait nous apporter un peu plus de grain à moudre.
Reims. - Dernière barricade du quartier Cérès.

La photo originale ayant servi à l’impression de cette carte postale provient de l’Agence Meurisse (site Gallica), comme on peut le constater ci-dessous… pas d’erreur possible, l’angle de prise de vue est le même, le chien à gauche est bien présent…

On note sur la photo de l’agence un numéro à droite « 55169 »… au même endroit sur la carte, en observant attentivement, on remarque que ce même numéro a été sommairement camouflé.


Situons maintenant cette photo. Déjà, le quartier Cérès de l’époque s’étendait un peu plus loin qu’aujourd’hui, depuis la Rue Cérès jusqu’au bout de l’Avenue Jean-Jaurès (Rue du Faubourg Cérès et Route Nationale – Cimetière de l’Est), qui ne portait bien sûr pas encore ce nom (baptisée en 1921).

Pour se repérer plus facilement, voilà ci-dessous un montage de la carte postale avec une vue actuelle.
Malgré les destructions de l’époque, la partie gauche de la maison reste facilement identifiable. Elle se trouve au 167 de l’avenue Jean Jaurès, assez haut, dans la partie « Route Nationale », presqu’à l’angle avec la Rue de Sébastopol.


Laurent ANTOINE LeMog

lundi 22 septembre 2014

Reims 14-18... on ne fait pas toujours comme on veut !

Madame Denis
Vous serez sans doute surprise que j'ai tardé si longtemps à vous redonner de mes nouvelles, mais on ne fait pas toujours comme on veut.
Nous ne devons remettre que deux lettres par jour au vaguemestre, de sorte que pour faire plaisir à tout le monde, nous sommes obligés de reculer d'écrire chaque jour.
Ma santé est toujours bonne pour le moment, mais la fin des hostilités ne vient pas vite, mais il ne faut pas se décourager pour çà.
Nous assistons à la messe tous les quinze jours, le plus souvent, elle est célébrée dans une grange par un aumonier d'un hôpital voisin, ce qui nous fait plaisir à tous d'y assister.
Je vous enverrai une lettre d'ici quelques jours afin de vous donner quelques détails sur ma situation.
Alors, Mme Denis, je termine en vous souhaitant une bonne santé en attendant le plaisir de se revoir, je vous embrasse bien d'amitié.
Henri.


Coll. Michel THIBAULT
Sur cette carte postale rémoise envoyée par Henri, la Crèmerie du Faubourg Cérès, est dans un bien triste état. Tout le monde est à pied d'oeuvre pour nettoyer et déblayer, sous la surveillance de deux soldats... le lot hélas, quasi quotidien pour les rémois.


Dans ce courrier, on apprend qu'il y a des quotas pour l'envoi des courriers. Quand on pense que la carte postale, c'est le SMS de l'époque, on imagine combien il doit être difficile de se résoudre à n'envoyer qu' un minimum de lettre.


Bien sûr, comme on a pu le constater dans une majeure partie des expéditions, le contenu n'est pas d'une folle richesse, mais au moins, ça prouve qu'on est bien vivant, et on l'espère, en bonne santé !


Le vaguemestre, c'est le militaire chargé du service postale dans les unités militaires.

Il est finalement une des personnes les plus importantes et des plus attendues par tous, car si c'est lui qui s'occupe de collecter le courrier, c'est surtout lui qui apporte les lettres aux poilus, souvent au coeur des tranchées, jusqu'aux premières ligne de front.

Selon les estimations, il y aurait eu plusieurs milliards de lettres échangées pendant le premier conflit mondial entre les soldats et leurs familles, avec une moyenne de 4 millions par jour !

Hélas, on trouve souvent que le contenu de ces courriers manque un peu d'information de fond, mais il faut aussi garder à l'esprit qu'il y avait une certaine censure à "plus ou moins" respecter.

Déjà, cela semble bien évident, de ne pas y mettre des informations d'ordres militaires au cas où les courriers seraient interceptés par l'ennemi.

Ensuite, la censure personnelle, qui tend à occulter tout signe de danger pour éviter d'inquiéter les proches.
De même, on adapte ses courriers en fonction du destinataires, et le soldat aura plus tendance à se confier sur les rudes conditions de guerre à un copain, qu'à son épouse ou sa famille... c'est humain ! On rassure avant toute chose...



Laurent ANTOINE LeMog